Atlas des Sports

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L’influence de la culture ultra italienne dans le développement du supportérisme à Marseille

par Stanislas Maruffi

planche publiée le 02 septembre 2026

Le supportérisme ultra désigne l’ensemble des activités d’une catégorie de supporters s’organisant en association pour soutenir leur équipe de manière active via des animations sonores et visuelles. En France, cette forme de supportérisme apparait au début des années 1980 à Marseille, lieu privilégié de l’influence italienne, grâce aux échanges épistolaires entre membres de groupes ultras marseillais et italiens, à des déplacements en Italie et à des jumelages transfrontaliers.

Marseille, lieu privilégié de l’influence de la culture ultra italienne

Au début des années 1980, des groupes de jeunes se rassemblent de manière informelle dans les tribunes du stade Vélodrome. Le 31 août 1984, lors du match OM-RC Paris, apparaît dans le virage nord le Commando Ultra’ 84 (figure 1). Cette date marque la naissance du premier collectif ultra français, avec une appellation inspirée des groupes italiens car l’influence transalpine est centrale dans l’essor du mouvement ultra à Marseille. Marco Valora, le fondateur du Commando Ultra’ 84, est le fils d’un immigré sicilien et il s’inscrit dans l’histoire de la forte migration italienne à Marseille à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Supporter de l’OM tout en étant attaché à la Juventus, il se rend à Turin en compagnie d’amis. Sur place, ces jeunes Marseillais découvrent l’ambiance des stades italiens et cherchent à la reproduire au Vélodrome, tout en l’adaptant à la culture locale.

Figure 1 - Les débuts des ultras marseillais lors du match OM-RC Paris, le 31 août 1984

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Source : Onze/Icon Sport / © Alain de Martignac

Match comptant pour la 5e journée du championnat de France de première division. Les premiers drapeaux blanc et bleu aux couleurs du club sont faits à l’aide de tissus récupérés et de bombes de peinture.

Les ultras marseillais souhaitent également mettre en place des animations visuelles comparables à celles observées en Italie (figure 2). Les groupes italiens utilisent pour cela un matériel spécifique : fumigènes, drapeaux, voiles. Or, le marché français ne permet pas de s’en procurer facilement en grande quantité et à des prix abordables. Les pionniers marseillais doivent donc trouver d’autres moyens pour en faire l’acquisition, en commandant par exemple des écharpes chez un fournisseur italien.

Figure 2 - Comparaison entre l’apparition pour la première fois d’une voile de la dimension d’une tribune confectionnée par les Ultras Tito Cucchiaroni

Sampdoria vs Genoa - 28/11/1982

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Apparition d'une voile à l'occasion du derby génois entre Sampdoria et le Genoa, le 28 novembre 1982. Source : https://www.ultrastito.com/genoa-sampdoria-28-novembre-1982.html

OM vs Bordeaux - 30/04/1986

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Déploiement d'une voile par le Commando Ultra’ 84 à l’occasion de la finale de la Coupe de France entre l’OM et Bordeaux le 30 avril 1986. Source : Ultras Marseille. L’histoire depuis 1984, p. 33

Le matériel réceptionné rend possible l’organisation de tifos plus spectaculaires, ce qui permet au Commando Ultra’ 84 de gagner en visibilité et ainsi d’attirer de nouveaux membres. Le groupe passe, en effet, de 50 membres en 1984 à 2 482 adhérents en 1993 (figure 3). Il stimule aussi la création d’autres collectifs empruntant au modèle ultra : les South Winners et les Yankee Virage Nord en 1987, les Fanatics en 1988, les Dodger’s Marseille en 1992, Marseille Trop Puissant en 1994. Cette dynamique s’explique aussi par les bons résultats sportifs sous l’ère Bernard Tapie, président du club entre 1986 et 1994.

Figure 3 - Une forte croissance des effectifs du Commando Ultra’ 84 entre 1984 et 1994

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Source : Collectif "Commando Ultra'84", Ultras Marseille. L'histoire depuis 1984, autoédité, 2001, 234p.

Le rôle des échanges épistolaires entre ultras marseillais et italiens

Les échanges entre ultras marseillais et italiens prennent principalement la forme de correspondances. Un corpus de 230 lettres échangées entre 1985 et 1991 témoigne de l’intensité de ces relations. Les lettres ont un objectif pratique et économique : échanges de matériel, de photos, d’autocollants ou d’écharpes, parfois contre de l’argent (figure 4). Elles permettent aussi de partager des informations et des revues spécialisées comme Supertifo.

Figure 4 - Exemple d’un extrait d’une lettre envoyée par un ultra génois à un ultra marseillais, dans laquelle il est question d’un échange de photos et d’une récupération de fumigènes

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Source : MUCEM, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille, « Correspondances entre ultras », Fonds PL, 94P20, Gênes, 4 mars 1987.

Au-delà de ces aspects matériels, la correspondance participe à la structuration de réseaux et à une acculturation des supporters marseillais, leur permettant de s’inspirer de l’organisation des groupes italiens, notamment grâce à des déplacements en Italie à partir du jumelage du Commando Ultra’ 84 avec les ultras de la Sampdoria de Gênes en 1987, puis avec les ultras de Livourne en 2001. Les South Winners nouent quant à eux un jumelage avec les ultras du Genoa. Les supporters marseillais se sont également fréquemment rendus à Turin, Milan, Rome, Modène, Arezzo et Salerne, sans y établir de jumelage officiel. Ces échanges affinent les connaissances des ultras marseillais et renforcent leur prestige sur la scène nationale et internationale.

La dimension spatiale des échanges établis entre ultras marseillais et italiens

L’analyse spatiale des échanges met en exergue un fort lien avec Gênes, grâce notamment à la proximité géographique entre Marseille et la métropole ligurienne, mais surtout en raison du jumelage officiel entre les Ultras Tito Cucchiaroni et le Commando Ultra’ 84. Elle montre également la recherche d’une diversité de contacts afin de se faire connaitre et de nouer de nouvelles relations. Ainsi, Rome exerce un tropisme, en raison du nombre élevé d’ultras dans la capitale italienne et de l’affection portée au club de la Roma par certains ultras marseillais. Florence joue aussi un rôle important car du matériel ultra arrive en provenance de la capitale toscane grâce aux contacts établis entre les ultras marseillais et ceux de la Fiorentina (figure 5).

Figure 5 - Les différents échanges entre les ultras marseillais du Commando Ultra’ 84 et des ultras italiens

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Sources : données collectées par S. Maruffi, 2021.

En somme, l’essor du mouvement ultra à Marseille s’est profondément nourri de l’influence italienne, portée au départ par des liens migratoires et familiaux. À travers des échanges épistolaires, des flux de matériel spécifique et des jumelages officiels, les supporters marseillais ont su s’approprier les codes transalpins pour structurer leurs propres groupes et faire du stade Vélodrome une place forte et reconnue de la culture ultra en France.

Pour citer ce document

Stanislas Maruffi, 2026 : « L’influence de la culture ultra italienne dans le développement du supportérisme à Marseille », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 02/09/2026, URL : https://atlas-des-sports.science:443/index.php?id=759, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.759.

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Bibliographie

Bromberger C., Le match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1995.

Courbot C., « De l’acculturation aux processus d’acculturation, de l’anthropologie à l’histoire. Petite histoire d’un terme connot », Hypothèses, vol. 3, n° 1, 2000, p. 121-129. DOI : 10.3917/hyp.991.0121

Hourcade N., « La place des supporters dans le monde du football », Pouvoirs, n° 101, 2002/2, p. 75-88. DOI : 10.3917/pouv.101.0075

Louis S., Ultras, les autres protagonistes du football, Paris, Mare et Martin, 2017.

Mourlane S., Regnard C., Empreintes italiennes. Marseille et sa région, Riotord, Éditions Lieux dits, 2013.

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Stanislas Maruffi

Enseignant en Histoire-Géographie, lycée Maurice Janetti, doctorant au laboratoire TELEMME.

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Résumé

Le supportérisme ultra désigne l’ensemble des activités d’une catégorie de supporters s’organisant en association pour soutenir leur équipe de manière active via des animations sonores et visuelles. En France, cette forme de supportérisme apparait au début des années 1980 à Marseille, lieu privilégié de l’influence italienne, grâce aux échanges épistolaires entre membres de groupes ultras marseillais et italiens, à des déplacements en Italie et à des jumelages transfrontaliers.

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