Atlas des Sports

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Les piscines à vagues de surf : des équipements qui bousculent les représentations du surf

par Jules Raimondo

planche publiée le 03 septembre 2026

Dans l’imaginaire collectif, le surf est une pratique physique et sportive supposément contestataire qui entretiendrait un lien privilégié avec l’océan et, plus largement, la « nature ». Ces représentations se voient contredites par le développement des piscines à vagues, qui entérine une forme d’artificialisation via la création de nouveaux spots hors de l’océan et la recherche de contrôle des éléments naturels. Cette rupture est toutefois relative au regard de l’implantation de ces équipements et des logiques qui structurent le champ du surf.

Des représentations construites et solidement ancrées

« Et tout à coup, dans le lointain, à l’endroit du ciel où s’érige une grande fuligineuse, comme un dieu des mers naissant du chaos de l’écume et du blanc bouillonnant […], pointe une obscure silhouette, la tête d’un homme ». Cette description de Jack London dans son livre Les joies du surf donne à voir une certaine vision de cette pratique physique, comme un affrontement entre la puissance de la Nature et l’être humain, qui résonne encore dans l’imaginaire collectif un siècle plus tard.

Les représentations attachées au surf (entendu ici comme les disciplines encadrées par la Fédération Française de Surf : shortboard, longboard, bodyboard, etc.) sont le fruit d’une construction sociale et historique qui trouve ses sources dans les discours des acteurs du champ du surf. Les diverses revues spécialisées suivent, en effet, des lignes éditoriales valorisant la pratique « libre » et le voyage plutôt que le surf fédéral et compétitif (figure 1). Par ailleurs, les marques de surfwear mobilisent à souhait la quête de la vague parfaite ou la « contre-culture » surf dans leurs campagnes publicitaires (figure 2). C’est ainsi que des « valeurs » culturelles seraient attachées au surf : rapport privilégié au milieu marin et à la protection de l’environnement – idéalisés tous les deux –, pratique libre voire libertaire, etc. Issues du paradigme d’une pratique en milieu naturel, ces représentations sont structurantes de la façon dont le surf est perçu, et c’est au prisme de celles-ci que peuvent se comprendre les enjeux suscités par le développement des piscines à vagues artificielles dans le champ du surf.

Figure 1 - Une couverture du magazine Surfer’s Journal de Septembre/Octobre/Novembre 2025 qui entretient l’imaginaire du voyage

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Source : Surfer’s Journal, n°169, Septembre/Octobre/Novembre 2025.

Figure 2 - Campagne publicitaire « The Search » de Rip Curl : les surfeurs à la recherche de vagues désertes

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Source : Rip Curl - https://www.ripcurl.co.id/pages/live-the-search?srsltid=AfmBOoqWLHHuQx-T3oodUifKLQ7vND-FuCRQ2sYrJzpXXPvluEUrTixC.

Les vagues artificielles : une nouvelle géographie du surf ?

Les premières vagues artificielles, pensées d’abord pour la baignade, ont vu le jour dans la seconde moitié du XXe siècle dans des parcs d’attraction et aquatiques. C’est au tournant des années 2010 qu’émergent des vagues artificielles spécialement destinées à la pratique du surf. Les technologies permettent alors d’adapter leurs caractéristiques – en termes de puissance ou de type de déferlement notamment – au niveau des pratiquants et des « cibles commerciales » visées. Les vagues artificielles sont ainsi conçues comme un outil d’initiation au surf ou de perfectionnement, dans un cadre standardisé qui diversifie les modalités de pratique jusqu’alors admises, à savoir le milieu naturel. En théorie, l’artificialisation favorise une diffusion spatiale libre de toute contrainte géographique.

Figure 3 - Des équipements qui se multiplient dans le monde, mais se concentrent dans des pays où le surf est déjà ancré

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Source : https://spotymag.spotyride.com/vagues-artificielles-dans-monde/ ; https://wavepoolmag.com/surf-planner-guide-to-global-wave-pools/ ; https://wavegarden.com/projects/.

Toutefois, parmi les 24 vagues construites dans 13 pays (figure 3), plus de la moitié sont réparties entre les États-Unis (7 existantes et 11 en projet), le Brésil et l’Australie (respectivement 4 et 3 réalisations). Ces pays constituent des nations « dominantes » en raison de leur hégémonie sportive sur les circuits professionnels depuis leur création en 1976 (5 titres seulement remportés par d’autres nations), ou de leur position acquise dans la supposée « culture » surf et l’économie marchande de cette pratique (concentration de « spots » prestigieux, lifestyle, sièges d’entreprises de surfwear, etc.). Partant, l’implantation de vagues artificielles semble répondre, du moins en partie, à des logiques sociales, culturelles et économiques liées à la présence initiale d’une « scène surf », ce que confirme la localisation d’une partie des autres vagues et projets dans des pays moins renommés mais où le surf est déjà présent.

Une nouvelle diffusion spatiale : davantage un bousculement qu’une rupture avec les valeurs établies

Pensées « par et pour des surfeurs » d’après leurs concepteurs, les technologies à l’origine des vagues artificielles s’implantent au sein de complexes (restauration, hébergement…) exploités par des entreprises pour la plupart extérieures au champ du surf – promoteurs immobiliers, opérateurs touristiques, etc. – qui utilisent ici « la vague » comme un produit d’appel commercial. Ces stratégies clairement économiques détonnent avec l’image habituelle « cool » et désintéressée que cherchent à véhiculer les entreprises traditionnelles du champ du surf.

À cet égard, l’implantation d’une vague artificielle de 700 mètres de long sur l’île touristifiée d’Al Hudayriyat à Abu Dhabi (figure 4), opérée par un des plus importants promoteurs immobiliers émiratis, est peut-être l’exemple le plus emblématique de cette évolution. Située dans l’environnement désertique du golfe persique, renvoyant une image de luxe et d’artificialisation à rebours des représentations du surf, cette ville abrite désormais des manches des championnats du monde professionnels. Mais ces épreuves, organisées dans un milieu ultra-normé, ont l’avantage de favoriser la comparaison entre les athlètes et leur médiatisation par la multiplication des prises de vues, et elles prolongent la marchandisation de la performance opérée par la World Surf League (entreprise régissant le circuit professionnel). Ainsi, l’artificialisation de la pratique du surf bouscule les valeurs qui lui sont attachées traditionnellement plus qu’elle ne s’inscrit en rupture véritable avec celles-ci.

Figure 4 - La piscine à vague d’Abu Dhabi sur l’île d’Al Hudayriyat

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Source : World Surf League - https://www.worldsurfleague.com/events/2025/ct/321/surf-abu-dhabi-pro/results.

La piscine à vague d’Abu Dhabi sur l’île d’Al Hudayriyat accueille des étapes du circuit professionnel de surf dont le décor rompt avec les représentations habituellement admises du surf.

Pour citer ce document

Jules Raimondo, 2026 : « Les piscines à vagues de surf : des équipements qui bousculent les représentations du surf », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 03/09/2026, URL : https://atlas-des-sports.science:443/index.php?id=776, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.776.

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Bibliographie

Guibert C., L’univers du surf et stratégies politiques en Aquitaine, Paris, L’Harmattan, 2006.

Guibert C., « Surf et “contre-culture” : la dimension symbolique des constructions journalistiques de la presse spécialisée en France », Sciences sociales et sport, vol. 4, n° 1, 2011, p. 11-39. DOI : 10.3917/rsss.004.0011

London, J., Les joies du surf, Paris, Éditions Rivages, 2024 (œuvre originale publiée en 1907).

Marsac A., « Du sport de nature à l’innovation des stades d’eau vive : urbanisation et canoë-kayak. », Actes du Synopsium international « innovations et loisirs sportifs de nature », Mirabel, 2008.

Jules Raimondo

doctorant en sociologie, Laboratoire ESO UMR CNRS 6590, Université d’Angers (ESTHUA, Institut National de Tourisme - INNTO France).

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Résumé

Dans l’imaginaire collectif, le surf est une pratique physique et sportive supposément contestataire qui entretiendrait un lien privilégié avec l’océan et, plus largement, la « nature ». Ces représentations se voient contredites par le développement des piscines à vagues, qui entérine une forme d’artificialisation via la création de nouveaux spots hors de l’océan et la recherche de contrôle des éléments naturels. Cette rupture est toutefois relative au regard de l’implantation de ces équipements et des logiques qui structurent le champ du surf.

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