Atlas des Sports

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Le football féminin d’élite en France : des petites villes moyennes aux métropoles

par François Madoré

planche publiée le 20 septembre 2026

Bien que les hommes représentent encore la très grande majorité des licenciés, le football féminin français est en plein développement depuis le début des années 2010. Son entrée dans l’ère professionnelle en 2024 a accéléré le processus de métropolisation, à l’œuvre au sein des clubs de l’élite depuis une décennie. Les clubs des petites villes moyennes et des communes de banlieue, très présents jusqu’alors, ont disparu de l’élite, au profit des sections féminines des clubs professionnels masculins des grandes villes.

Une féminisation toute relative de la pratique

Près d’un siècle après les hommes (1932), la saison 2024-2025 marque l’avènement en France d’un championnat professionnel de football féminin, sous l’égide de la Ligue féminine de football professionnel (LFPP), elle-même placée sous la tutelle de la Fédération Française de Football (FFF). Si le passage à l’ère professionnelle est très tardif, ce championnat, dénommé désormais Première Ligue féminine, existe néanmoins depuis 1974, sous deux appellations successives : le National 1A de 1992 à 2002, puis la Division 1 jusqu’en 2024. Le format actuel, composé d’une poule unique de 12 clubs, a été établi en 1992.

Cette professionnalisation du championnat d’élite s’inscrit dans un contexte de progression rapide du nombre de licenciées, passé de 81 000 en 2011, année de lancement d’un plan de féminisation par la FFF, à 250 000 en 2026. Toutefois, cette hausse ne peut masquer la permanence d’un décalage encore très important en termes de pratique sexuée, car les filles ne représentent que 10 % des licenciés de la FFF, soit des taux très inférieurs à certains pays, comme l’Angleterre (25 %), la Suède (39 %) ou les États-Unis (55 %).

Dans ce contexte marqué par la persistance de stéréotypes sexués relatifs à la pratique du football, que nous enseigne l’analyse de l’évolution de la géographie des clubs du championnat de France féminin depuis que cette compétition réunit 12 clubs au plus haut niveau, soit sur la période 1992-2026 ? La lecture proposée consiste à étudier cette répartition au prisme de la hiérarchie urbaine, en partant des catégorisations spatiales de l’Insee et en privilégiant un découpage temporel en sept périodes quinquennales, de façon à dégager les principales tendances. Un double phénomène de renforcement des hiérarchisations apparaît, à la fois aux échelles inter et intra urbaine.

Exit les clubs des villes moyennes

Le premier phénomène ressort en observant la répartition des communes d’implantation des clubs d’élite selon la grille Insee des unités urbaines. Si un tiers des clubs est situé dans une unité urbaine de moins de 200 000 habitants entre 1992 à 2016, leur part s’effondre à 10 % entre 2022 et 2026 (figure 1). C’est le destin opposé des deux strates suivantes qui explique ce mouvement et dessine une logique de métropolisation : les clubs des communes appartenant à une unité urbaine de 50 000 à 99 999 habitants ont totalement disparu de l’élite, alors qu’ils étaient le contingent le plus nombreux entre 1997 et 2006, au profit de la strate comprise entre 200 000 et 499 999 habitants. Exit donc les petites villes moyennes qui constituaient la base du championnat de France, comme Saint-Brieuc qui a fusionné avec Guingamp (32 années de présence dans l’élite sur un total de 35 depuis 1992), Soyaux (29 années), La Roche-sur-Yon (14) ou Rodez (10) ! Un seul club échappe désormais à ce tropisme métropolitain, celui de Saint-Malo, promu dans l’élite en 2026.

Figure 1 - L’effondrement des clubs des villes moyennes à la fin des années 2010

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Sources : Ligue féminine de football professionnel (LFFP) ; INSEE (unités urbaines 2020).

Lecture : le championnat de France féminin réunit 12 clubs par saison soit un total de 60 clubs sur chaque période d'observation de 5 ans. Par exemple, sur la période 2022-2026, le nombre de clubs appartenant à chaque unité urbaine de plus de 200 000 hab. est de 54 contre 6 seulement qui appartiennent à une unité urbaine de moins de 200 000 hab.

Effacement des clubs des communes de banlieue

Cette concentration des clubs de l’élite dans les métropoles va de pair avec l’effacement des clubs de banlieue au profit de ceux des villes-centres, ce qui contribue à renforcer les logiques de hiérarchisation, les villes-centres constituant généralement le cœur démographique, économique et politique des agglomérations (figure 2). Entre 1992 et 2006, un bon tiers des clubs était situé dans une commune de banlieue au sens de l’Insee. Puis, cette proportion a progressivement reculé pour s’effondrer au cours de la dernière période (2022 à 2026) : depuis 2023, seul le club de la banlieue parisienne Fleury représente cette strate de communes. Certains clubs banlieusards de métropoles ou de villes moyennes ont pourtant marqué de leur empreinte le championnat de France. Juvisy en région parisienne et Soyaux dans la banlieue d’Angoulême ont ainsi constitué des places inexpugnables avec respectivement 25 et 29 années de présence au plus haut niveau depuis 1992, avant d’être absorbé par le Paris FC en 2017 pour le premier et de de disparaître en 2023 pour le second. D’autres clubs ont eu une présence moins continue mais significative au sein de l’élite, comme Saint-Memmie dans l’agglomération de Châlons-en-Champagne (9 années de présence), ou Vendenheim dans l’unité urbaine de Strasbourg (6).

Figure 2 - L’effacement progressif des clubs des communes de banlieue

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Sources : Ligue féminine de football professionnel (LFFP) ; INSEE (unités urbaines 2020).

Lecture : le championnat de France féminin réunit 12 clubs par saison soit un total de 60 clubs sur chaque période d'observation de 5 ans. Par exemple, sur la période 2022-2026, le nombre de clubs appartenant à une commune ville-centre ou ville isolée est de 54 contre 6 seulement qui appartiennent à une commune de banlieue.

L’arrimage des clubs féminins aux clubs masculins

Ce double effacement des clubs des petites villes moyennes et des communes de banlieue au profit de ceux situés principalement dans les villes-centres des grandes aires urbaines résulte très largement de l’arrimage des clubs féminins de l’élite aux clubs masculins de Ligue 1 et Ligue 2. C’est le cas de 11 clubs sur 12 (Fleury est le seul à faire exception) lors de la saison 2025-2026, alors que dix ans auparavant, c’était la moitié seulement. Toutefois, autre reflet des très fortes inégalités sexuées qui perdurent dans le football français, le rapport entre le budget des sections féminines et celui des hommes est abyssal : pour la saison 2024-2025, il s’élève à 170 pour un club comme le PSG (850 millions d’euros contre à peine 5 millions) ! Par ailleurs, la section féminine des clubs professionnels est souvent une variable d’ajustement lorsque le club rencontre des problèmes financiers, ce qui montre la fragilité du modèle économique du football féminin : Dijon a ainsi sacrifié sa section féminine au début de l’été 2026.

Figure 3 - Unités urbaines représentées dans l’élite du football féminin français par saison selon leur taille démographique

https://atlas-des-sports.science/html/p40/figure3.svg

Sources : Ligue féminine de football professionnel (LFFP) ; INSEE (unités urbaines 2020).

Note : pour une représentation cartographique plus précise, la tranche 7 définie par l'INSEE (unité urbaine de 200 000 hab. à 1 999 999 hab.) a été subdivisée en 2 tranches : de 200 000 à 499 999 hab. puis de 500 000 hab. à 1 999 999 hab.

Pour citer ce document

François Madoré, 2026 : « Le football féminin d’élite en France : des petites villes moyennes aux métropoles », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 20/09/2026, URL : https://atlas-des-sports.science:443/index.php?id=813, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.813.

Autres planches in : Polarisations, métropolisations

Carte : F. Madoré, S. Charrier, 2023.

Les marathons en France (1/2) : entre effet de métropolisation et dissémination

par François Madoré et Stéphane Loret

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Image : Kate Baucherel de Pixabay

L’irréversible métropolisation du rugby d’élite masculin français

par Yvonnick Le Lay

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Bibliographie

Gozillon A., « Le football féminin en France : une réalité qui dérange (encore) ? », The Conservation, 31/07/2023. DOI : 10.64628/AAK.ctwhegwkm.

Grosjean F., « Géographie et sport : étudier le football dans un cadre régional », L’Information géographique, vol. 70, n° 2, 2006, p. 67-76. DOI : 10.3917/lig.702.0067

Martin C., « Chapitre 8. Etudier le football féminin en France : des recompositions de la discipline sportive aux renouvellements de ses analyses », D. Rial, F. Machado Pinto, F. Rasera, I. Martinache (dir.), Les sciences sociales face au football : échanges et perspectives franco-brésiliens, Brasilia, ABA Publicações, 2025, p. 218-240. DOI : 10.48006/978-65-87289-55-7

Ottogalli-Mazzacavallo C., Nicaise F., Bodet G., (dir.), « Dossier spécial : Football par et pour les femmes (vol. 2) », Staps, n° 145, 2024. URL : https://shs.cairn.info/revue-staps-2024-2

Ravenel L., La géographie du football en France, Paris, Presses universitaires de France, 1998.

Index géographique

  • Saint-Brieuc
  • La Roche-sur-Yon
  • Rodez
  • Saint-Malo
  • Soyaux
  • Dijon

Résumé

Bien que les hommes représentent encore la très grande majorité des licenciés, le football féminin français est en plein développement depuis le début des années 2010. Son entrée dans l’ère professionnelle en 2024 a accéléré le processus de métropolisation, à l’œuvre au sein des clubs de l’élite depuis une décennie. Les clubs des petites villes moyennes et des communes de banlieue, très présents jusqu’alors, ont disparu de l’élite, au profit des sections féminines des clubs professionnels masculins des grandes villes.

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